De l'utopie du discours mensonger à son environnement politique
L'interrogation sur les aspects politiques de l'utopie du mensonge dans leur immense majorité est caractéristique de l'utopiste. Considérons le passage suivant:
« Le virus n'aura aucune chance contre nous. Aucune nation n'est mieux préparée ou plus résistante que les États-Unis. Nous avons la meilleure économie et les soins de santé les plus avancés du monde. »[1]
Quand le locuteur déclare que les États-Unis sont chanceux, c'est pour dire que l'avenir des destinataires est très bien sécurisé. Alors que le locuteur ne possède qu'une vision très limitée de la réalité scientifique, il affirme que « le virus n'aura aucune chance contre nous.»[2] Or, il n'y a aucune raison de favoriser une hypothèse beaucoup plus chanceuse plutôt qu'une autre qui le serait beaucoup moins tant que les spécialistes n'ont pas de preuves scientifiques à l'appui. Le locuteur ne donne cependant aucune précision pratique à l'appui de cette affirmation et n'explique pas comment le coronavirus sera vaincu ou bien comment vaincre cette crise. C'est une déclaration de la supériorité des américains sur les divers moyens proposés pour mettre fin à l'épidémie, sortir de la crise à court terme et empêcher le virus de circuler entre les gens.
Puisque le thème de la supériorité des États-Unis sur tous les autres pays du monde est perçu comme le centre de gravité de l'idéologie trumpienne, il nous semble que ce thème mérite que l'on s'y attarde pour déterminer les raisons de la supériorité américaine rarement limitée à un seul facteur : «Nous avons la meilleure économie et les soins de santé les plus avancés du monde. »
Nous estimons que l'univers politique chez locuteur est bel et bien explicite, tant au niveau de la meilleure économie que des soins de santé. Comment le destinataire peut-il mettre véritablement sa confiance dans le point de vue du locuteur ?[3] En effet, la supériorité des États-Unis prend tout son sens lorsqu'on sait que le locuteur prend pour thème l'économie et la santé. Il est d'autant plus intéressant de constater que ces deux thèmes se rapportent notamment à une double logique américaine : la domination et l'hégémonie. Celles-ci se concrétisent sur le plan thématique : le locuteur se situe sur le plan de la supériorité ; les allocutaires sur celui de l'infériorité.
Or, dans une période de multiples crises d'une ampleur sans précédent, le discours politique de notre locuteur semble incapable de faire des scénarios précis quant à ce que va être le futur des Etats-Unis.[4] Le locuteur a donné comme qualificatif aux environnements politiques un terme qui évoque l'idée d'un jugement négatif et qui renferme « un jugement évaluatif de dépréciation, porté sur ce dénoté par le sujet d'énonciation » (Kerbrat-Orecchioni, 1999 : 86) La question qui doit se poser est celle de savoir comment le confinement peut-il nuire au succès électoral de notre locuteur.
Sur le plan de l'expression, le locuteur ne se limite pas à exprimer son opinion, mais il donne sa propre vision des faits qui suscite des inquiétudes et des interrogations. C'est l'idée contenue au cours de conflit qui se déroule sous forme d'un affrontement entre ces deux antagonistes. Quant au choix expressif du verbe «confiner » et verbe «nuire », il porte atteinte à la liberté d'expression des médias[5] tout en empêchant les journalistes d'exercer librement leur métier et de s'acquitter de leur fonction dans le domaine de la diffusion des informations.
Dans ce contexte engendré par la crise de confiance, le locuteur se permet d'établir certains rapports avec le destinataire pour le convaincre de ne pas donner confiance aux médias. C'est ainsi que son utopie du mensonge se poursuit en se laissant enfermer dans ce dilemme électoral :
«Selon une étude conjointe d'Axios et d'IPSOS parue mi-mars, pour s'informer sur le virus, la moitié des Américains n'ont pas confiance dans les informations et les conseils de santé qui circulent sur les réseaux sociaux et font davantage confiance aux médias traditionnels.»[6]
Pour en finir avec cette utopie du mensonge, citons un exemple qui porte sur la figure du mensonge chez notre locuteur :
«Les États-Unis ne pouvaient pas indéfiniment éviter le coût de ses énormes erreurs de jugement et de sa stupéfiante incompétence, de sa propension au mensonge et de son nihilisme, de ses attaques contre les normes et les institutions. En fin de compte, Donald Trump ne peut pas être autre chose que ce qu'il est : un escroc, une personne vivant dans un monde de mensonges et d'illusions ; un homme cruel, solitaire, sans racines et profondément dérangé. La tragédie est qu'au cours de sa présidence, il a détruit une bonne part de l'Amérique. L'heure des comptes est venue.»[7]
Notes
1 Donald Trump : ses pires déclarations sur le Covid-19, Disponible sur https://www.elle.fr/Societe/News/Donald-Trump-ses-pires-declarations-sur-le-Covid-19, (consulté le 15 mai 2021).
2 «Pour empêcher de nouveaux cas de pénétrer dans notre pays, je vais suspendre tous les voyages en provenance d'Europe vers les Etats-Unis pour les 30 prochains jours", a dit le président lors d'une allocution solennelle dans le Bureau ovale.» Trump interdit aux Européens d'entrer aux Etats-Unis pour lutter contre le coronavirus, Disponible sur https://www.lalibre.be/international/amerique/donald-trump-annonce-l-interdiction-d-entree-aux-usa-depuis-l-europe-durant-30-jours-5e69cbafd8ad582f3168f9d4, (consulté le 12 mai 2021).
3 «Les responsables sanitaires américains ont reconnu, mardi 30 juin, ne pas contrôler « totalement » la pandémie et redouter une explosion du nombre de cas aux Etats-Unis. De 40 000 nouveaux cas détectés par jour, la pandémie pourrait bondir à 100 000 si « on ne renverse pas la tendance » a averti Anthony Fauci, directeur de l'Institut national des maladies infectieuses américain.» Etats-Unis : avec sa gestion de la crise sanitaire, « Donald Trump est maintenant en difficulté chez les plus de 65 ans », Disponible sur https://www.lemonde.fr/international/article/2020/07/01/etats-unis-avec-sa-gestion-de-la-crise-covid-trump-est-maintenant-en-difficulte-chez-les-plus-de-65-ans_6044852_3210.html, (consulté le 16 mai 2021).
4 «Je ratifie cette législation pour restaurer les allocations chômage, arrêter les expulsions (locatives), apporter de l'assistance aux bailleurs, ajouter des fonds supplémentaires au programme de prêts aux entreprises, permettre aux employés de l'aérien de retourner au travail et donner des fonds substantiels en plus pour la distribution des vaccins", a expliqué Donald Trump dans un communiqué. » Covid-19 : Donald Trump ratifie le nouveau plan de relance de l'économie américaine, Disponible sur https : //www.france24.com/fr/info-en-continu/20201228-covid-19-donald-trump-ratifie-le-nouveau-plan-de-relance-de-l-%C3%A9conomie-am%C3%A9ricaine, (consulté le 16 mai 2021).
5 Sur Twitter, Donald Trump a déclaré : « Ce sont les médias minables qui veulent que le pays reste confiné le plus longtemps possible dans l'espoir que cela nuira à mon succès électoral.» Cf. Coronavirus : Trump plus inquiet par l'économie que par la pandémie, Disponible sur https://www.rtl.fr/actu/international/coronavirus-trump-plus-inquiet-par-l-economie-que-par-la-pandemie-7800313172, (consulté le 9 mai 2021). Nous revenons de nouveau sur le thème «médias», mais ce qui nous intéresse ici, c'est le qualificatif «minable» qui veut dire misérable : « Le terme minable se rapporte à un référent animé. Le mot y acquiert de ce fait une charge beaucoup plus agressive et une valeur de jugement plus prononcée. » Cf. Elodie BAKLOUTI, « Minable, vous avez dit « minable » ? » : qualification, insulte et politique, Disponible sur https://journals.indexcopernicus.com/api/file/viewByFileId/117358.pdf, (consulté le 30 janvier 2022).
6 Covid-19 : un impact lourd sur le secteur des médias, Disponible sur https://www.financialafrik.com/2020/04/02/covid-19-un-impact-lourd-sur-le-secteur-des-medias/, (consulté le 17 mai 2021).
7 Donald Trump, le spectacle jusqu'au bout, Disponible sur https://www.la-croix.com/Monde/Donald-Trump-spectacle-jusquau-bout-2020-10-26-1201121312, (consulté le 22 mai 2021).